Celles et ceux qui se consacrent à l’étude de la Bible se demandent parfois comment contribuer à la qualité de la traduction biblique. Cette page s’adresse à eux : traducteurs, pasteurs, exégètes, étudiants, et plus largement toute personne passionnée par les études bibliques qui a à cœur la mission et l’accès aux Saintes Écritures. Elle explique en quoi consiste ce service, comment le comprendre largement, et comment s’y engager.
Le but compte plus que le titre
Le titre que l’on porte importe moins que le but qu’il sert : que chacun accède aux Écritures dans la langue et le format qu’il comprend le mieux. Le travail dont il est question ici, c’est l’assurance qualité, c’est-à-dire veiller à ce que la traduction soit belle afin que l’Église puisse se l’approprier et s’en nourrir. Un titre comme celui de consultant reconnaît une capacité déjà manifestée dans la pratique ; il a de la valeur dans la mesure où il sert ce but.
Une vision plus large : le mentor pour l’assurance qualité
On imagine souvent le consultant comme celui qui contrôle la traduction à la fin, l’autorité qui donne son aval avant la publication. Cette image est trop étroite. Réduit à un contrôle final, le rôle devient un goulot d’étranglement et passe à côté de l’essentiel : accompagner l’Église tout au long du travail.
C’est pourquoi beaucoup préfèrent aujourd’hui parler de mentor pour l’assurance qualité. Le nom dit bien l’esprit : accompagner consciemment l’Église à chaque étape, en bâtissant la confiance, en encourageant et en mettant son expertise au service des autres, plutôt que de se limiter à vérifier un texte achevé. Concrètement, le mentor forme les traducteurs et les responsables d’Église, les aide à puiser dans les ressources exégétiques, les accompagne dans la conduite et l’amélioration de leur propre travail, et les relie aux ressources plus larges du mouvement de traduction.
Il ne s’agit donc pas de choisir entre les deux. On peut tout à fait commencer par se former comme consultant : les compétences sont les mêmes, et elles restent indispensables. Mais il ne faut pas s’arrêter là, ni rester prisonnier de l’image du simple contrôleur. Mieux vaut, dès le départ, concevoir le rôle largement, comme un accompagnement de l’Église dans l’ensemble de son travail de traduction. Ce rôle élargi n’est d’ailleurs pas réservé aux consultants de carrière : il peut être tenu par un consultant déjà formé comme par toute personne qui possède les compétences voulues et qui a à cœur de servir l’Église dans cette tâche.
La compétence reste essentielle
Dans tous les cas, tout repose sur une compétence réelle, longue à acquérir. Le Forum international des agences bibliques (FOBAI) le formule clairement : les consultants sont souvent titulaires d’un diplôme d’études supérieures, mais ces compétences peuvent aussi s’acquérir par l’expérience de la traduction, par des formations formelles ou informelles, ou par l’encadrement d’une personne plus expérimentée. Le diplôme aide donc, mais il ne suffit pas à lui seul. Et il serait illusoire de croire que cette compétence s’acquiert en quelques semaines : bâtir un jugement exégétique solide demande des années de pratique accompagnée.
Du novice à l’expert
Développer une compétence, c’est passer peu à peu des règles que l’on applique à un jugement que l’on exerce soi-même. Le novice s’appuie sur des listes de contrôle et des étapes précises. L’expert, lui, a si bien assimilé les principes derrière ces procédures qu’il adapte son approche à chaque traduction, à chaque équipe et à chaque contexte. On décrit souvent ce cheminement en quatre niveaux :
- Niveau 0, novice : peu ou pas de connaissances ni d’expérience.
- Niveau 1, débutant avancé : quelques connaissances mais peu d’expérience ; on suit les règles telles qu’on les a apprises.
- Niveau 2, compétent : on accomplit la tâche en situation réelle, avec l’aide d’un consultant.
- Niveau 3, expert : on travaille de façon autonome, on s’adapte au contexte et on accompagne d’autres.
Le but, au terme du parcours, c’est ce qu’on appelle le jugement en situation ou la sagesse pratique : savoir tenir compte à la fois du texte, des personnes et du contexte, peser des intérêts qui s’opposent, et décider de façon responsable même quand aucune procédure ne dit quoi faire.
Des cadres communs
Ce travail ne s’invente pas en solitaire. Il s’appuie sur des cadres reconnus, partagés par les agences de traduction. Ces cadres offrent un langage commun et permettent de vérifier la compétence d’une équipe et d’un pays à l’autre :
- les principes et procédures de base de la traduction de la Bible du FOBAI ;
- la déclaration de qualifications pour les consultants en traduction du FOBAI, qui énumère les domaines de compétence attendus ;
- les orientations de SIL pour les projets de traduction (SIL Guidelines for Translation Projects) ;
- le référentiel des compétences du consultant en traduction, suivi dans l’outil Competency Manager.
Un point mérite d’être précisé. Ce socle de compétence est largement partagé dans tout le mouvement de traduction de la Bible. En revanche, la façon de reconnaître et d’accréditer une personne varie d’une organisation à l’autre et d’une région à l’autre. Le FOBAI lui-même le reconnaît : chaque organisation garde ses propres exigences et ses propres procédures. Ce qui suit décrit surtout la pratique de SIL en Afrique ; ailleurs, les étapes, les outils et les exigences peuvent différer.
Les domaines de compétence
Les compétences attendues couvrent plusieurs domaines. Du côté de la traduction biblique : la connaissance de l’arrière-plan, du contenu et des langues de la Bible ; l’herméneutique et l’exégèse ; la communication et le contexte ; les principes et la pratique de la traduction ; enfin le partenariat et les procédures, avec une attention particulière à l’appropriation du projet par l’Église locale et les autres parties prenantes.
À cela s’ajoutent les compétences propres au métier de consultant : les compétences interpersonnelles, le travail en milieu multiculturel, le mentorat, la pédagogie des adultes, la recherche et la documentation, la technologie, la conduite du processus de consultation et la relation avec les autres organisations.
On n’attend pas d’un candidat qu’il atteigne le niveau le plus élevé dans chaque compétence. L’évaluation se fait par catégorie : ce qui compte, c’est l’équilibre d’ensemble. Le mentor principal l’apprécie selon le contexte de service.
Comment se construit ce parcours
Plusieurs éléments se conjuguent pour former une personne capable de servir la qualité. D’abord l’expérience du processus de traduction, acquise au sein d’une ou de plusieurs équipes, que ce soit comme traducteur, comme exégète ou dans une autre fonction. Cette expérience de terrain est une base précieuse, et c’est de là que viennent le plus souvent ceux qui s’y engagent. Vient ensuite la formation : un socle solide en études bibliques, en langues bibliques et en exégèse reste essentiel, et s’acquiert dans des institutions comme l’I-Delta, l’Université Shalom de Bunia, le CANIL ou d’autres programmes adaptés.
L’élément sans doute le plus déterminant est le mentorat. Une relation de mentorat se construit le mieux à partir d’un lien déjà existant, avec une personne plus expérimentée que l’on connaît et dont on admire le travail. Notre article « Comment trouver un mentor » propose des pistes concrètes pour cette démarche.
Ceux qui s’intéressent à ce service commencent en général à participer aux rencontres de formation des consultants (DTRAD), organisées tous les deux ans, où praticiens et candidats se forment, échangent et tissent des liens.
L’essentiel de l’apprentissage, lui, se fait dans les vérifications supervisées : des sessions menées sous l’observation d’un consultant expérimenté, qui rédige ensuite un rapport décrivant précisément ce que le candidat a fait. Tout cela est consigné peu à peu dans un plan de développement, tenu à jour avec le mentor dans Competency Manager.
Démontrer sa compétence : la preuve par l’observation
Un point distingue cette approche de bien d’autres : on évalue ce que la personne sait faire, et pas seulement ce qu’elle a étudié. La formation, les lectures, les cours et les diplômes sont des apports précieux ; ils nourrissent la compétence, mais ne la prouvent pas à eux seuls. La preuve vient de l’observation : un témoin qualifié décrit un comportement précis, relié à une compétence, dans une situation réelle. La vidéo L’évaluation basée sur les compétences présente cette approche plus en détail.
Pour SIL Afrique, l’accréditation est fondée sur les compétences depuis janvier 2024 et relève d’un comité d’accréditation. Le dossier soumis comprend le plan de développement dans Competency Manager, des rapports de vérification supervisée (au moins six sessions, couvrant des textes narratifs et non narratifs et au moins un livre entier), des lettres de recommandation du mentor et du superviseur, ainsi que les pièces du candidat : CV, attestations FOBAI, termes familiaux divins et déclaration d’intention. L’accréditation n’est ni automatique ni liée à l’achèvement d’un stage ou à une demande de financement, et elle se renouvelle tous les cinq ans. Une autre organisation, ou une autre partie du monde, appliquera ses propres modalités.
Par où commencer ?
Si ce cheminement vous attire, voici quelques premiers pas. Continuez d’acquérir de l’expérience dans le processus de traduction, dans les situations qui font le plus progresser. Dressez la liste des personnes plus expérimentées que vous connaissez déjà, demandez-vous de qui vous aimeriez apprendre, et lisez « Comment trouver un mentor ». Renseignez-vous sur la prochaine rencontre de formation (DTRAD) et prévoyez d’y participer. Enfin, parlez-en à votre organisation ou à votre Église : ouvrir un plan de développement avec un mentor est la véritable porte d’entrée du parcours.
Ce cheminement est long et demande de la patience. Surtout, on n’accède pas seul à ces rôles spécialisés : ils sont confiés à celles et ceux en qui l’Église et des praticiens expérimentés reconnaissent un don et un potentiel. Une telle reconnaissance ne se décrète pas ; elle mûrit peu à peu, à mesure que l’on sert et que d’autres voient le don à l’œuvre. Le meilleur point de départ est donc de servir fidèlement l’Église là où vous êtes, de laisser votre travail être observé, et de vous entourer de personnes plus expérimentées qui sauront discerner et confirmer ce que Dieu a déposé en vous.
Une œuvre pour tout le peuple de Dieu
Le consultant et le mentor pour l’assurance qualité tiennent des rôles spécialisés, mais ils ne forment qu’une partie de l’œuvre. La traduction de la Bible a besoin de toutes sortes de personnes : des traducteurs et des exégètes, mais aussi celles et ceux qui prient, qui donnent, qui encouragent, qui testent les textes, qui enseignent et qui font vivre les Écritures dans leur communauté. Aucune de ces manières de servir n’est supérieure aux autres, et aucune n’est le « graal » de la traduction biblique. Il y a une place pour chacun, autant que le Seigneur en touche le cœur.
« Alors vinrent tous les volontaires, et quiconque avait l’esprit généreux apporta la contribution du SEIGNEUR, pour les travaux de la tente de la rencontre, pour tout son service et pour les vêtements sacrés. » (Exode 35.21, TOB 2010)
Pour aller plus loin
- Comment trouver un mentor
- FOBAI : Principes et procédures de base de la traduction de la Bible (2019)
- FOBAI : Déclaration de qualifications pour les consultants en traduction (2024)
- Les rencontres de formation DTRAD
- Le référentiel des compétences et Competency Manager
- DTRAD23: Feuille de route d’un conseiller
- Description du poste : Mentor en assurance qualité (ETEN)
- https://lecoindutraducteur.bible/category/consultance/
- Le Sycomore 18.1 de septembre 2025

