par Wayne Dye · © FOBAI 2010
Les facteurs sociaux et culturels nécessaires pour accepter les Écritures traduites en langues locales.
Condition 1 — Langue et dialecte appropriés
La langue, le dialecte et l’orthographe utilisés doivent être considérés comme acceptables pour les Écritures.
- La langue locale est considérée comme un moyen valable pour promouvoir les Écritures. Les gens du pays ne la considèrent pas comme étant banale, peu importante ou inappropriée.
- Le dialecte utilisé est acceptable aux yeux des gens du pays. D’habitude, les gens acceptent leur propre dialecte ou celui qui est le plus prestigieux dans leur région, mais ils pourraient aussi rejeter d’autres dialectes.
- Le groupe ne change pas rapidement d’une langue à une autre pour les raisons suivantes : soit parce qu’elle est plus courante et/ou approuvée pour l’utilisation officielle.
- L’orthographe est lisible et acceptable. Elle doit être facile à lire et perçue comme réputée. Le choix d’alphabet est très politique et doit être choisi avec douceur.
- Les lecteurs potentiels utilisent leur langue maternelle dans suffisamment de domaines pour ne pas opter pour l’utilisation d’une autre langue. Il est vital d’examiner quelles langues sont utilisées et dans quels domaines. Cette information vous fait souvent savoir si une traduction peut avoir du succès ou non.
- La plupart des leaders d’âge moyen du groupe ethnique vivent dans la région et sont suffisamment engagés dans les activités locales. Ainsi ils assurent l’usage de leur langue, la préservent de l’influence d’autres langues et lui permettent d’évoluer.
- Langue et culture locales sont considérées comme appropriées pour l’adoration et l’enseignement chrétien. Même si la langue locale est utilisée dans la plupart des domaines de la vie et certainement appropriée pour la philosophie religieuse traditionnelle, elle peut être inappropriée pour l’adoration et l’enseignement chrétien. Cela peut être causé par une ou plusieurs raisons. Chaque situation doit être examinée avec soin. Les étrangers et les leaders locaux doivent ensemble déterminer les domaines de la vie dans lesquels la langue locale est utilisée. À travers un examen soigneux du nombre et de la nature de ces domaines d’utilisation et la discussion avec les leaders locaux et expatriés, on peut déterminer si la langue locale est considérée comme un moyen approprié pour l’adoration chrétienne ou non.
Condition 2 — Traduction acceptable
Les gens acceptent la traduction comme la Parole de Dieu pour eux.
- Les traducteurs du pays et les expatriés qui travaillent avec eux sont respectés dans la culture et en tant que chrétiens.
- Les responsables missionnaires et ceux des dénominations locales approuvent et encouragent la traduction. Si la direction de l’Église locale est indifférente envers la traduction en langue locale, ou pire, la rejette, la traduction n’aura qu’un maigre impact sur eux.
- Les Écritures traduites sont vues comme un produit précis de l’original et correctes quant à la doctrine. Les responsables d’Églises locales devraient être inclus dans l’équipe de traduction comme membres du conseil ou comme réviseurs. Cela apporterait de nouvelles idées et inspirerait confiance tout au long du processus de traduction.
- Les responsables chrétiens approuvent le style de la traduction. Certains groupes veulent qu’elle soit adaptée au style oral local ; d’autres la veulent proche de l’original quant à la forme grammaticale.
- Un accord a été atteint sur la sélection des mots clés bibliques utilisés. Les termes pour le salut, la grâce, le Saint-Esprit, etc. doivent être traduits soigneusement et avec l’approbation des responsables des Églises locales. La traduction de ces mots clés bibliques est extrêmement importante pour la pleine communication du message chrétien. Un mauvais choix de mots entraînerait des malentendus et des déformations du message.
Condition 3 — Accessibilité littéraire ou orale
Les gens sont capables d’écouter quelqu’un leur lire les Écritures ou de les lire eux-mêmes.
Médias non imprimés
- La narration biblique chronologique constitue le moyen le moins développé pour l’enseignement chrétien dans la plupart des programmes de traduction, mais ils pourraient être le plus utile.
- Le théâtre et la musique (s’ils contiennent du matériel éducatif important) possèdent une valeur dans presque tous les groupes ethniques. Puiser dans les expressions artistiques locales rend les programmes de langue pratiquement toujours plus efficaces.
- Les matériels oraux comme les MP3, les CD ou les cassettes sont souvent populaires et largement utilisés.
- L’utilisation de la vidéo est limitée par de sérieuses limitations économiques et techniques, mais est efficace quand on peut en faire usage.
Alphabétisation
- Quand il y a un nombre important de personnes déjà alphabétisées dans une langue dominante, la sorte d’alphabétisation la plus cruciale est l’alphabétisation de transition pour les leaders ecclésiastiques et communautaires. L’alphabétisation de transition, c’est enseigner à lire la langue locale à ceux qui savent déjà lire la langue officielle. L’alphabétisation de transition est un processus rapide et efficace, spécialement comparé à l’alphabétisation de base.
- Alphabétisation pour tous les adultes. L’alphabétisation pour d’autres adultes, de transition comme de base, est requise ensuite. Ceci doit être extensif et accessible pour tous ceux qui veulent apprendre à lire, où qu’ils vivent ou s’ils vont ou non à l’Église.
- L’alphabétisation de base est une tâche énorme dans un groupe linguistique important. Il est primordial de développer des programmes coopératifs qui impliquent toutes sortes d’institutions : le gouvernement, la communauté et les Églises.
- L’alphabétisation pour enfants dans la langue locale est aussi nécessaire sur le long terme.
- L’alphabétisation doit inclure de l’écriture si les gens alphabétisés doivent vraiment utiliser ce qu’ils ont appris. Cela doit aussi inclure suffisamment d’entraînement pour savoir lire couramment à haute voix, car beaucoup de gens dépendront complètement de ce qu’on leur lit.
- D’autres matériels de lecture. Malgré le fait que les Écritures traduites sont la lecture la plus importante que les gens voudront lire, il est nécessaire qu’il y ait d’autres moyens de lecture pour permettre aux gens de maintenir leur niveau de lecture. Beaucoup de gens qui avaient appris à lire ont perdu cette faculté par manque d’exercices.
Condition 4 — Compréhension initiale
Les gens peuvent comprendre assez d’enseignement chrétien pour que les Écritures aient un sens, et ils savent comment apprendre de nouvelles choses en provenance des Écritures.
- Les croyants locaux doivent comprendre suffisamment le contexte historique et culturel de la Bible pour que l’histoire des Écritures puisse avoir du sens pour eux. Un survol des Écritures avec des informations culturelles spécifiques est essentiel pour une compréhension adéquate.
- Dans plusieurs parties du monde, l’enseignement biblique est souvent le besoin le plus grand dans un groupe ethnique. Des efforts supplémentaires investis dans l’enseignement de la Bible ont presque toujours été efficaces, où qu’ils aient été tentés.
- Cela est essentiellement le travail des Églises, mais dans plusieurs cas ils ont grandement tiré profit de l’aide des autres.
- L’enseignement biblique doit être permanent — une autre raison pour laquelle n’importe quel rôle pris par l’équipe de traduction doit être rapidement transféré à d’autres pour être durable.
Condition 5 — Accessibilité aux Écritures
Tous ceux qui veulent un exemplaire des publications des Écritures dans une forme appropriée peuvent en obtenir un sans trop de difficulté ni de coût.
- Un système de distribution et de vente ainsi que la promotion sont requis pour cela.
- Les missionnaires et les pasteurs sont des personnes clés pour la publicité pour les Écritures et pour encourager leur utilisation, mais ils sont rarement de bons lieux de distribution. Il est essentiel pour les missionnaires de savoir quelles traductions de la Bible ou portions en langues locales sont disponibles dans leur région et de promouvoir leur utilisation. Même quand les missionnaires ne parlent ou ne comprennent pas toutes les langues minoritaires, les gens du pays les parlent, et ils ont besoin des Écritures dans leur langue maternelle.
- D’habitude, il est nécessaire d’avoir une personne formée responsable de la distribution durable.
- Les finances de distribution doivent être efficaces.
- Il devrait exister une méthode de distribution fiable non seulement pour la Bible entière ou le Nouveau Testament, mais aussi pour des choix de lectures attirantes, comme des livrets, des lecteurs bibliques et du matériel non imprimé.
- Souvent, la distribution des Écritures imprimées est efficace tandis que la distribution alternative de médias est négligée. Toutes les formes de distribution doivent avoir des canaux efficaces.
Condition 6 — Faim spirituelle
Il y a des gens dans ce groupe ethnique qui veulent mieux connaître Dieu.
- L’assistance à l’Église est un indicateur de lecteurs potentiels. D’habitude, le nombre de chrétiens dans un groupe ethnique n’est pas plus grand que le nombre qui fréquente régulièrement l’Église. En même temps, il y a beaucoup de gens dans plusieurs coins du monde qui se rendent à l’Église mais n’ont pas une foi vivante. Cela pourrait aussi nécessiter de l’évangélisation, mais d’habitude cette tâche est plus difficile dans ce contexte.
- L’évangélisation conduit directement à l’utilisation des Écritures. Pour avoir plus de lecteurs, il est nécessaire de gagner plus de croyants, en d’autres mots : d’évangéliser. L’utilisation des Écritures se produit normalement au même degré que l’évangélisation faite dans un endroit donné.
- Les Écritures en langue locale sont un outil puissant pour les évangélistes.
- Un intérêt croissant dans la religion traditionnelle est un signe de faim spirituelle. La faim spirituelle pourrait être présente même s’il n’y a pas d’Églises.
- La faim spirituelle peut être satisfaite à travers l’identification des besoins ressentis dans une communauté et la démonstration de la façon dont les Écritures répondent à ces besoins.
Condition 7 — Liberté d’engagement
Les gens sont spirituellement libres de suivre Christ de tout leur cœur, ce qui inclut de se détourner de l’adoration des ancêtres, de la magie traditionnelle, de l’adoration des fétiches et d’autres pratiques, quand celles-ci entrent en conflit avec les enseignements de la Bible.
- Le nominalisme peut être acceptable. L’obstacle est de s’engager à croître spirituellement, ce qui influe sur la volonté de lire la Bible et sur le changement de vie suite à la lecture de la Bible.
- Unité familiale. Des facteurs sociaux, le besoin de l’unité familiale dans les pratiques religieuses traditionnelles, sont une partie cruciale de l’obstruction à l’engagement chrétien.
- Ces croyances sont souvent très profondes ; il s’agit de choses que les gens ruraux prennent pour vraies.
- Protection contre le mal. Les obstacles les plus importants sont typiquement les croyances dans les moyens de protection de sorcières, de fantômes, de démons locaux ou d’autres sources d’attaques maléfiques.
- L’opposition spirituelle. En plus des obstacles sociaux, qui peuvent être définis par n’importe quel anthropologue, il y a des obstacles spirituels réels à la lecture de la Bible et à la compréhension de l’enseignement chrétien qui viennent directement de l’opposition satanique. Cela opère en dessous de la surface des évènements, mais est un aspect crucial du problème.
Condition 8 — Partenariat avec des Églises locales et d’autres organisations
La traduction des Écritures et leur utilisation, c’est en premier lieu la responsabilité de l’Église. La tâche des missions et des organisations pour la traduction de la Bible consiste à soutenir les Églises locales dans leurs efforts pour atteindre leurs objectifs.
- Intégration du processus de traduction. On parle d’utilisation des Écritures quand un groupe s’approprie non seulement les Écritures traduites mais aussi le processus de traduction. La direction des Églises locales devrait concevoir les projets de traduction de la Bible dans les langues locales comme extension de leurs propres ministères.
- Partenariat. Les équipes de traduction de la Bible devraient essayer de coordonner leurs efforts avec des Églises locales et d’autres équipes missionnaires travaillant dans leur région. D’autres organisations missionnaires et des leaders locaux pourront faciliter le travail de la traduction de la Bible en demandant la prière, fournissant aux équipes des locuteurs doués dans leur langue maternelle et en encourageant les programmes de traduction.
- Éthique des serviteurs. L’Église locale et les dirigeants missionnaires doivent concevoir les traducteurs missionnaires de la Bible comme serviteurs de l’Église locale. De la même manière, les traducteurs étrangers de la Bible doivent se percevoir comme étant au service des responsables de l’Église locale et d’autres organisations missionnaires et de leurs objectifs.
- Traductions non sectaires de la Bible. Les traductions en langues locales devront appartenir à l’Église et toute conception supposant qu’elles sont influencées par une seule dénomination ou organisation missionnaire devra être évitée.
- Approbation par les Églises et les responsables missionnaires. Les sondages ont montré que les langues locales et les traductions en langues locales ont plus de chances d’être utilisées par les gens du pays quand les missionnaires et les responsables des Églises locales les utilisent.
Lecture complémentaire
Dye, Wayne. 2009. « The Eight Conditions of Scripture Engagement: Social and Cultural Factors Necessary for Translated Scripture to Achieve Maximum Impact ». International Journal of Frontier Missiology 26:2, pp. 89–98. www.ijfm.org

