SYCOMORE 16.1

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TABLE DES MATIERES

Le mot de la rédaction   

La Traduction et le développement des langues nationales Africaines : l’expérience de la CABTAL                                                                                               

Ervais Fotso NOUMSI

Problématique de l’utilisation de la version biblique en swahili de Tanzanie et du Kenya par des prédicateurs dans les régions

Masumbuko Shabani

La notion de bénédiction chez les Dzùùns et sa traduction en dzùùngoo, langue des Dzùùns  

 Traoré Fabé                                                                                                                                  

MOT DE LA REDACTION

Tout d’abord, un grand merci à Sara Le Levier pour son travail minutieux en tant qu’éditrice de notre revue Le Sycomore (ainsi que des Manuels de traduction). Elle s’est acquittée de cette tâche depuis début 2019. Nous tenons à la remercier chaleureusement pour son importante contribution au Sycomore.

C’est avec plaisir que nous annonçons l’arrivée de Laurence Belling dans notre communauté de travail. Comme Sara, qui l’a précédée, elle est éditrice au service de Bibli’O (l’Alliance biblique française) et des ressources en français de l’Alliance biblique universelle (ABU). Elle s’occupe de la mise en forme et de la correction du Sycomore et des Manuels de traduction (dont beaucoup de titres sont disponibles dans la ressource Paratext HBKFRA).

Ce numéro contient trois contributions de collègues africains francophones en traduction, venant respectivement du Cameroun, de la RDC et du Burkina Faso. Mais leur contenu illustre bien des situations rencontrées en d’autres lieux.

Le premier article traite de la traduction et du développement des langues nationales, et se poursuit par une application directe à la traduction de la Bible au Cameroun. Une version antérieure a été présentée lors d’une conférence tenue à l’Université de Yaoundé. Ervais Fotso montre que la traduction de la Bible n’est pas seulement pertinente pour elle-même ou pour les Églises, mais aussi pour le développement de la langue cible elle-même. Il montre qu’il y a bien un lien entre la traduction de la Bible et le développement des langues nationales. Il est tout à fait possible de développer et de revitaliser nos langues nationales, pour les préserver. L’auteur montre comment la traduction stimule le développement d’une nouvelle terminologie, proposant ainsi une nouvelle expression pour des concepts bibliques jusqu’alors inconnus dans la langue cible. Cela a pour conséquence de permettre à la recherche et à la réflexion académiques d’être menées dans la langue nationale elle-même, et pas seulement dans la principale langue officielle du pays ou de la région. Il aborde l’ensemble du processus de traduction, y compris les étapes de traduction de chaque livre biblique.

Pour illustrer tout cela, il explique le travail de la CABTAL, la « Cameroon Association for Bible Translation and Literacy ». Son travail comprend la recherche linguistique, l’alphabétisation, ses actions afin de susciter l’intérêt des Églises pour les langues nationales et la traduction, ainsi que l’aide apportée aux traducteurs pour explorer la richesse de leur propre langue.

Le deuxième article traite des implications pratiques lorsqu’un même terme a des significations différentes dans une langue, selon les régions où il est utilisé. La traduction utilisée par les Églises doit être adaptée à la région concernée, afin d’éviter les malentendus de la part de ceux qui écoutent cette traduction. Masumboko Shabani examine deux traductions swahili différentes et leur utilisation dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, régions swahiliphones en République Démocratique du Congo. À plusieurs égards, le swahili tel qu’il est connu par les habitants de ces régions de la RDC est différent du swahili parlé en Tanzanie et au Kenya. En swahili de la RDC, un certain nombre de mots et d’expressions ont un sens assez différent de leur sens en swahili de Tanzanie et du Kenya, voire, y sont même inconnus. L’auteur compare deux traductions swahili différentes. Il analyse comment, malgré son prétendu prestige, la Swahili Revised Union Version 2006 (SUVDC) contient un certain nombre de termes qui sont mal compris par les habitants des provinces du Kivu en RDC, puisque ces termes ont une signification différente là-bas en swahili. L’auteur recommande aux prédicateurs et aux autres personnes, d’utiliser plutôt la version Swahili Congo 2002 (la SWC02), car elle utilise en fait la forme du swahili qui est parlée dans ces deux provinces. Cette version utilise des termes qui expriment correctement le sens en swahili de la RDC. Le SUVDC, en revanche, n’était pas destiné aux zones swahiliphones de la RDC, mais à celles de la Tanzanie et du Kenya. Les églises devraient en tenir compte.

Le troisième article illustre qu’il est important d’explorer les expressions de la culture cible contenant un certain nombre de concepts clés, avant de traduire des expressions de la Bible et leurs termes bibliques clés. Traoré Fabé explore le problème de la traduction du terme béni en dzùùngoo, une langue de la famille mandée qui est parlée au Burkina Faso. Les Dzùùns sont un peuple très islamisé, qui subit une forte emprise de la religion traditionnelle. Qu’entendons-nous par bénédiction chez les Dzùùns ? Après avoir discuté des différentes situations auxquelles se réfèrent les termes bibliques, hébraïques et grecs, souvent traduits par « bénédiction », l’auteur explore les divers termes qui expriment la bénédiction en dzùùngoo, selon telle ou telle situations. Il y a des différences, par exemple, entre un être humain qui bénit un être humain, Dieu qui bénit un être humain ou un être humain qui bénit Dieu. (Dans la culture dzùùngoo, les êtres-humains ne peuvent pas bénir Dieu, mais peuvent lui rendre grâce ou le remercier ou « coucher un bon nom sur lui ».) Pour chacun de ces trois contextes différents, l’auteur discute des termes dzùùngoo appropriés pour la bénédiction, et des différentes expressions verbales dans lesquelles ils sont utilisés. Enfin, l’auteur donne des recommandations spécifiques sur la façon de traduire les termes hébreu et grec en dzùùngoo dans certains versets bibliques spécifiques.

Lénart de Regt,
Conseiller en traduction
Responsable des ressources
de traduction en français
Alliance Biblique Universelle,
à La Haye, Pays-Bas, septembre 2022

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