Introduction à la traduction orale de la Bible (Toler)

Nous vous proposons une vidéo d’introduction aux méthodes de traduction orale de la Bible, présentée par Kris Toler, coordinateur international des Services de traduction orale, SIL Global.

Vous pouvez visionner la présentation complète ci-dessous, ou en lire la transcription intégrale en français dans la suite de cet article.

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Transcription de la vidéo

Note : Ébauche de la traduction française générée par l’IA Claude (Anthropic), relue et corrigée par Jonathan Ducasse et Drew Maust.

Introduction

Bonjour, je m’appelle Kris Toler, coordinateur international des Services de traduction orale. Tim [Stirtz] m’a demandé de vous parler de la traduction orale de la Bible et de ce que les linguistes doivent surtout en savoir. Je vais commencer par une brève présentation de la traduction orale, puis parler un peu de la FIA et des raisons de l’efficacité des méthodes orales. Ce sera, je l’espère, un bon point de départ pour la discussion, et j’essaierai aussi de vous proposer des ressources si vous souhaitez approfondir un point abordé dans cette présentation. Si vous avez des questions aujourd’hui, Phil [King] est avec vous. Il pourra répondre à toutes vos questions. Je reste également disponible par courriel pour les questions qui n’auraient pas trouvé de réponse dans le temps imparti aujourd’hui.

Dans la première partie de cette vidéo, je présenterai la traduction orale et son processus. Je définirai ce qu’est la traduction orale de la Bible et ce qu’elle n’est pas, puis j’examinerai le processus d’assurance qualité d’une traduction orale de la Bible. Je ne sais pas dans quelle mesure vous connaissez déjà la traduction orale. En temps normal, je vous demanderais ce qui vous vient à l’esprit à l’écoute de ce terme. Beaucoup de choses peuvent venir à l’esprit, et ce serait d’ordinaire une discussion animée. Certaines de ces idées sont justes et utiles, d’autres le sont moins. Mais comme il s’agit d’un enregistrement, je vais vous donner moi-même la réponse à la question. J’espère que cet échange vous aidera à comprendre ce qu’est la traduction orale et ce qu’elle n’est pas. Mieux comprendre ce qu’est réellement la traduction orale nous aidera à en parler avec les autres.

Qu’est-ce que la traduction orale ?

Qu’est-ce donc que la traduction orale de la Bible ? Une traduction orale est un enregistrement audio de la Bible traduite au moyen d’outils et de méthodes oraux. Une traduction orale est une traduction fiable. Elle est fiable parce qu’elle repose sur un processus rigoureux d’assurance qualité. Voyons maintenant ce qu’une traduction orale n’est pas. Une traduction orale n’est pas l’enregistrement audio d’une Bible imprimée lue à voix haute. Une traduction orale, ce ne sont pas seulement des histoires. On l’entend souvent dire. Et une traduction orale n’est pas moins fiable qu’une traduction imprimée.

Souvent, quand on parle d’une traduction orale ou d’une traduction écrite, on pense au produit final réalisé ou publié à la fin du projet. Je pense que cette focalisation a créé une fausse dichotomie entre l’oral et l’écrit. On présente généralement les choses comme s’il fallait choisir l’un ou l’autre, et comme s’ils s’excluaient mutuellement. Je me souviens de personnes très bien intentionnées demandant : comment allez-vous suivre les termes clés puisque vous ne pouvez rien écrire ? Il ne s’agit pas d’une opposition binaire entre oralité et pratique de l’écrit. Nous nous situons plutôt sur un continuum. À une extrémité du continuum se trouve l’oralité, et à l’autre l’écrit. Nous nous situons tous à des points différents de ce continuum. Dans certains contextes, nous sommes plus oraux ; dans d’autres, plus dans l’écrit. Cela peut changer selon le contexte. Cela peut différer d’un individu à l’autre, et différer pour la communauté dans son ensemble. C’est pourquoi il est plus utile d’envisager la question de façon holistique. Plutôt qu’oral contre écrit, demandons-nous comment les méthodes orales et les méthodes écrites peuvent se compléter. Comment peuvent-elles se renforcer et s’améliorer mutuellement ? De nombreux aspects de l’oralité peuvent renforcer et améliorer une traduction écrite. De même, certaines méthodes écrites peuvent renforcer et améliorer une traduction orale. Nous devons trouver comment repérer quels aspects de l’oralité et quels aspects d’un projet écrit peuvent être intégrés au projet sur lequel nous travaillons, afin de l’améliorer.

La boîte à outils du traducteur

J’ai dit plus tôt qu’une traduction orale est un enregistrement audio de la Bible traduite au moyen d’outils et de méthodes oraux. Je voudrais y revenir un instant. Je voudrais évoquer certaines méthodes orales qui peuvent être intégrées à un projet. J’aime considérer ces méthodes comme des outils que nous avons dans notre boîte à outils de traducteurs. Ils sont tous à la disposition de chacun de nous, traducteurs de la Bible. Ce sont tantôt des outils oraux, tantôt des outils écrits. Chacun a sa valeur et son usage. Certains conviendront mieux que d’autres à une tâche donnée. Je peux casser une planche en deux avec un marteau, mais une scie vaudra mieux car elle donnera une coupe nette et précise. Les deux donnent une planche en deux morceaux, mais la scie est l’outil le plus approprié pour couper la planche. Il en va de même des outils du processus de traduction. Je voudrais mentionner brièvement quelques outils oraux mobilisables dans tout projet de traduction. L’ébauche orale, l’internalisation, la vérification orale avec la communauté, pour n’en citer que quelques-uns.

J’ai dit aussi qu’une traduction orale repose sur un processus rigoureux d’assurance qualité. Ce processus d’assurance qualité peut ressembler à celui qui suit une traduction écrite. Vous aurez peut-être noté que j’ai dit qu’il peut y ressembler. Je précise que, lorsque je parle d’un projet de traduction orale, j’ai en tête un certain nombre de présupposés. L’un d’eux est que nous suivons les bonnes pratiques convenues, conformes aux recommandations du FOBAI. Existe-t-il des traductions orales qui ne suivent pas ces bonnes pratiques ? Bien sûr. Nous en avons tous entendu parler, mais il existe aussi des traductions écrites qui ne suivent pas les bonnes pratiques. Une traduction orale n’a rien de magique. Les méthodes orales et écrites sont simplement ces outils de la boîte à outils dont je parlais. Apprendre à utiliser chacun de ces outils nous aidera à travailler avec plus de savoir-faire.

Revenons au processus rigoureux d’assurance qualité que j’ai évoqué. Voici une infographie réalisée par Seed Company pour illustrer les ressemblances et les différences entre une traduction orale et une traduction écrite. En regardant l’image, vous reconnaîtrez nombre d’étapes du processus écrit, car les deux processus se recoupent largement. Sur l’infographie, vous verrez que les pastilles de couleur indiquent si l’étape relève du processus de traduction écrite seulement, du processus de traduction orale seulement, ou si elle se retrouve dans les deux. Je signale que, sur le graphique, on voit des flèches qui vont et viennent entre les différentes étapes. C’est intentionnel, car ces étapes sont itératives. L’équipe de traduction fera des allers-retours entre ces étapes autant de fois que nécessaire avant de faire avancer le processus.

Je voudrais souligner quelques différences entre les deux processus. L’internalisation est l’étape de la traduction orale de la Bible considérée comme le cœur de la traduction orale. Mais, comme je l’ai dit, de nombreuses stratégies ou méthodes orales peuvent être intégrées à un processus de traduction écrite pour l’améliorer. Cette étape d’internalisation devrait, à mon avis, être incluse dans tout projet, écrit ou oral. L’internalisation consiste à assimiler mentalement un passage au point que le traducteur puisse le raconter comme s’il s’agissait de sa propre expérience. Là encore, ce processus est itératif. Pendant l’internalisation et l’exégèse, le processus approfondit la compréhension du passage par le traducteur. Il sera souvent difficile de séparer l’internalisation de l’exégèse. Une description que j’ai entendue de l’exégèse dans un projet oral, c’est qu’elle est conversationnelle : elle procède par allers-retours successifs, enrichissant et approfondissant la compréhension que le traducteur a du passage. Une différence évidente entre une traduction orale et une traduction écrite, c’est que l’ébauche sera un enregistrement oral plutôt qu’une ébauche écrite.

Les étapes de vérification

Dans une traduction orale, la vérification en équipe se déroule de la manière suivante. Chaque équipe travaille à l’internalisation et à l’ébauche d’un passage. Puis, quand l’équipe estime que l’enregistrement est prêt, elle l’envoie à l’autre équipe pour avis et commentaires. Comme je l’ai dit, ce processus est itératif, et le passage circule entre les équipes autant de fois que nécessaire, jusqu’à ce que les deux estiment avoir rendu tout le contenu du passage et l’avoir bien exprimé, naturellement, dans la langue. Dans une traduction orale, la vérification communautaire se fait elle aussi oralement. Elle peut se faire au moyen d’un logiciel comme Render, AVTT ou APM, ou avec des téléphones portables ou tout appareil capable de lire l’enregistrement. Les commentaires de la communauté sont enregistrés, puis transmis à l’équipe de traduction. Si des modifications s’imposent, elles sont intégrées, puis le passage part en retraduction.

Dans une traduction orale, nous recommandons deux types de retraduction :

  • La première est la retraduction par pauses respiratoires. Elle se veut mot à mot. L’accent porte donc sur les mots et sur l’exactitude.
  • Le second type est la retraduction libre. Il s’agit de redire le passage. L’accent porte ici sur la fluidité et le naturel.

L’autre différence, c’est que la retraduction se fait elle aussi oralement. Si le consultant a l’habitude de vérifier des traductions écrites, il pourra demander que la retraduction soit transcrite et envoyée via Paratext.

Le consultant vérifie de nombreux aspects. Comme dans un projet de traduction écrite, le consultant vérifiera l’exactitude exégétique, afin de s’assurer que la traduction communique bien le sens de l’original. Mais dans une traduction orale, le consultant vérifie aussi des éléments comme l’émotion, les traits vocaux et les éléments liés à l’interprétation orale. Dans une traduction écrite, on peut souvent laisser des choses ambiguës. Mais dans une traduction orale, le traducteur doit décider comment il communique les émotions présentes dans le passage. Quand on le dit à voix haute, on ne peut pas simplement rester dans l’ambiguïté. Le consultant formule ses commentaires et suggestions, qui peuvent être donnés oralement, par des enregistrements audio, ou par écrit dans Paratext. Cela dépend vraiment de l’équipe et du consultant. L’équipe échange avec le consultant jusqu’à ce que l’équipe et le consultant soient tous deux satisfaits. Le consultant approuve alors le passage.

Une fois que le consultant a approuvé le passage, l’équipe effectue une nouvelle vérification avec la communauté. Dans notre projet, l’équipe attend généralement que tout le livre soit approuvé par le consultant avant de faire cette dernière écoute avec la communauté. Cela sert à repérer si quelque chose est passé entre les mailles du filet ou sonne faux dans la traduction. Si un projet utilise Render, une fois tout terminé, Faith Comes By Hearing nettoie l’audio par un processus de masterisation. Une fois cela achevé, les enregistrements sont prêts à être diffusés.

Comme vous le voyez, le processus d’assurance qualité d’une traduction orale est rigoureux. Il comprend la vérification en équipe, la vérification communautaire et la vérification par le consultant. Et, là encore, ces étapes sont itératives. Ce sont des allers-retours répétés, autant de fois que nécessaire, pour s’assurer que la traduction est de bonne qualité. Voilà une introduction et un aperçu de la traduction orale de la Bible et de son processus. Nous avons vu ce qu’est une traduction orale et ce qu’elle n’est pas. Nous avons examiné les étapes du processus d’assurance qualité de la traduction orale. J’espère que cette introduction vous a aidés à mieux cerner la traduction orale et son processus.

Le Processus FIA

Je voudrais maintenant parler un peu de la FIA. Qu’est-ce que la FIA ? La FIA a été mise au point par Tricia et Stephen Stringer. The Word Collective est le nom de l’organisation qu’ils dirigent et qui développe les ressources FIA. FIA signifie familiarisation, internalisation et articulation. Elle désigne la méthodologie holistique de traduction de la Bible que proposent les Stringer. Elle vise à inclure davantage de personnes dans le processus de traduction de la Bible, dont certaines en étaient jusque-là exclues en raison d’un manque d’alphabétisation ou d’instruction. Cet objectif n’est pas propre à la FIA. La traduction orale en général lève elle aussi les barrières liées à la maîtrise de l’écrit dans la formation d’une équipe de traduction.

Venons-en au processus de traduction FIA. Ils ont élaboré un processus en six étapes :

  1. « Écouter et ressentir » : À cette étape, les traducteurs font l’expérience du passage en l’écoutant ou en le regardant dans plusieurs traductions et en en discutant en groupe.
  2. « Préparer le terrain » : À cette étape, les traducteurs se familiarisent avec le passage et examinent son contexte historique, géographique, culturel, littéraire et linguistique.
  3. « Définir les Scènes » : À cette étape, les traducteurs définissent les personnages, le cadre et les scènes du passage et commencent à le visualiser.
  4. « Incarner le Texte » : À cette étape, les traducteurs repèrent l’action et l’émotion du passage par la dramatisation.
  5. « Combler les Lacunes » : À cette étape, les traducteurs revoient les termes clés et s’assurent que toutes les lacunes liées à la connaissance sont comblées.
  6. « Exprimer la Parole » : À cette étape, les traducteurs s’entraînent à dire ou à signer le passage dans leur langue, travaillant ensemble à affiner leurs premiers choix de traduction.

L’un de leurs objectifs déclarés est de rendre les ressources accessibles aux apprenants qui privilégient l’oral. Dans cette optique, ils proposent leurs ressources au format audio et parfois vidéo. Rendez-vous sur fia.bible/download. C’est le site sur lequel vous pouvez voir toutes les ressources actuellement disponibles. Les ressources FIA comprennent des introductions aux livres, qui donnent aux traducteurs le contexte général de chaque livre de la Bible. Chaque introduction fournit le contexte historique, culturel, littéraire, linguistique, canonique et géographique d’un livre entier. Les traducteurs utilisent ensuite cette compréhension pour mieux traduire les passages de ce livre. Le glossaire FIA explique les termes bibliques clés, les expressions et les concepts au moyen de descriptions, d’activités et de médias disponibles aux formats texte et audio. Médias FIA développe un dictionnaire biblique vidéo pour donner aux traducteurs un cadre de référence sur les objets, les lieux et la géographie, par de courtes vidéos. Le but ultime de la FIA est de faciliter la traduction dans les communautés où l’alphabétisation et l’instruction sont limitées.

Je n’ai aucune expérience d’un projet de traduction concret qui utilise le processus FIA, mais les ressources FIA sont intégrées à l’Aquifer et plusieurs logiciels de traduction orale les rendent accessibles directement dans leur application. Je vois les ressources FIA comme des ressources complémentaires utilisables dans tout projet de traduction de la Bible. D’après les informations de leur site, cela semble s’arrêter au stade de l’ébauche. Je ne sais pas quel est leur processus d’assurance qualité au-delà, mais je crois qu’ils se concentrent sur le CBBT. Phil aura peut-être plus d’éclairages là-dessus, de par son implication dans l’Innovation Lab.

L’importance de la Linguistique

Certains soutiennent que la linguistique n’est plus nécessaire en traduction de la Bible. Ils affirment qu’un locuteur natif de la langue employant des méthodes de traduction orale produira une traduction suffisamment naturelle. Je dirais que la mesure dans laquelle la linguistique peut influer sur la qualité d’une traduction ne dépend pas du fait que la traduction soit orale ou écrite. Comme nous l’avons vu, le processus de traduction orale ressemble beaucoup à celui d’une traduction écrite. Une analyse linguistique rigoureuse, y compris l’analyse du discours, peut bénéficier à tout projet de traduction, quel qu’en soit le type. On a dit que la façon naturelle de s’exprimer est celle dont les locuteurs natifs emploient leur langue. On a dit aussi que les locuteurs natifs produiront tout simplement une traduction naturelle parce qu’ils sont locuteurs natifs, et que l’intuition du locuteur natif donnera naturellement une traduction plus naturelle.

Pourtant, Elaine Thomas a dit : « Il n’y a pas de moyen facile d’atteindre le naturel dans une traduction, même pour des traducteurs de langue maternelle. Il viendra d’un polissage attentif des premières ébauches ; mais plus il est conscient des structures grammaticales propres à sa langue, plus sa traduction sera naturelle. » Les stratégies de traduction orale encouragent à travailler sur de plus grandes unités de discours, à travailler en communauté et à recourir à l’internalisation pour améliorer le naturel. Dans ma thèse, je concluais que l’internalisation améliore effectivement le naturel d’une traduction orale parce qu’elle répond aux besoins pédagogiques des apprenants qui privilégient l’oral par le travail en communauté, l’apprentissage par la pratique et le centrage sur l’apprenant.

S’il est vrai que les méthodologies orales comme l’internalisation et le reste du processus de traduction orale peuvent contribuer à une traduction plus naturelle, cela ne signifie pas qu’une traduction ne puisse pas bénéficier des études linguistiques. Comme le dit Elaine Thomas, « plus il est conscient des structures grammaticales propres à sa langue, plus sa traduction sera naturelle. » J’espère que c’était un bon point de départ pour la discussion sur la traduction orale de la Bible. Comme je l’ai dit au début, si vous souhaitez en discuter davantage, c’est avec plaisir que j’échangerai avec vous. J’inclurai aussi une liste de ressources pour aller plus loin, si cela vous intéresse. Merci.

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